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23 Octobre 2018 / Hery Rajaonarimampianina en couverture et en entretien dans le magazine L'Essentiel des Relations Internationales !

Hery Rajaonarimampianina, Président de la République sortant, est en première page de L'Essentiel des Relations Internationales. Dans son dernier numéro de Septembre 2018 (N°72), le magazine mensuel a conscré un dossier spécial à la situation politique de Madagascar. Dans un pays où tout est urgence, Hery Rajaoanarimampianina a livré son expérience à la tête de l'État malgache et expliqué sa stratégie sur le long-terme. Voici son interview (à retrouver également ici).


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PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT BOUANICH - © Laurent Bouanich


L’Essentiel des relations internationales : Monsieur Rajaonarimampianina, le pays a récemment traversé une crise politique majeure. Quelles leçons faut-il tirer de cet épisode ayant débouché sur un gouvernement d’ouverture ?


Hery Rajaonarimampianina : La logique de cette ouverture, ce n’est pas une nouvelle transition. Le président élu est là, avec toutes les institutions, mais le président a accepté l’ouverture pour que l’on puisse avoir un processus électoral crédible et apaisé. Je pense que c’est par le biais d’un processus de consensus, d’apaisement, de négociations que l’on peut faire avancer un pays. Je n’ai pas répondu à la violence par la violence. Je ne réponds pas aux armes par des armes. Je pense qu’il est important de négocier autour d’une table. Il faut aujourd’hui une nouvelle pédagogie pour faire de la politique et pour faire avancer ce pays.


J’ai dit que ce n’était pas terminé car c’est tout un processus que l’on doit gérer. Chacun a ses responsabilités. Chacun doit œuvrer de manière honnête et patriote pour atteindre les objectifs.


Je sors d’un processus électoral en 2013 qui était crédible, transparent et accepté par tous. Mon défi, c’est de rééditer, voire améliorer pour cette élection la qualité du processus électoral. C’est la raison de l’intégration de ces nouvelles forces dans le gouvernement, afin que tout le monde s’engage de manière positive.


Il faut une volonté et une sincérité des actions des uns et des autres. Le consensus est nécessaire pour que les élections se fassent dans des conditions transparentes et crédibles. La nomination d’un ministre d’ouverture fait partie descontraintes de l’environnement politique. Chaque institution joue son rôle. Le mien était d’apaiser les tensions. Dieu merci, à ce jour, nous avons pu dépasser les conflits.


Ce genre de crise politique vous gêne-t-il dans votre gouvernance ?


Bien évidemment, une crise impacte la gouvernance. Mais sur le plan économique, nous avons fait une évaluation. L’impact n’est pas aussi dramatique qu’on pouvait se l’imaginer. Les objectifs chiffrés au niveau de notre programme avec le FMI ont été atteints pour 2017 et pour le premier semestre 2018.


C’est ce qui nous a permis d’aborder avec un résultat satisfaisant la troisième évaluation du FMI, parce que les prévisions étaient atteintes en termes de recettes fiscales et douanières, par exemple. Les performances sont là, et il faut qu’on arrive à les maintenir jusqu’à la fin de l’année.


Quelles relations entretenez-vous avec l’opposition ? Que pensez-vous des actions de la Haute Cour constitutionnelle ?


Je me demande s’il y a une opposition ou des opposants ? Nous n’avons pas une opposition digne de ce nom dans le pays. Comme je le dis et le répète, depuis notre indépendance, sur les treize chefs d’État que nous avons eus, cinq ou six seulement sont arrivés à cette fonction par la voie des urnes. Il y a toujours des politiciens pour penser que l’on peut arriver à la magistrature suprême sans passer par les urnes. C’est une culture qui reste ancrée dans l’esprit de certains.


Mon rôle, c’est d’encadrer cela en respectant la Constitution et la légalité, tout en maintenant mon cap vers le développement. Je suis convaincu que la population malgache ne veut plus d’une nouvelle crise politique. Il appartient au président de veiller à ce que les lois fondamentales soient appliquées dans ce pays.


D’autre part, il ne m’appartient pas de juger du rôle et de la légitimité de la Haute Cour constitutionnelle. Comme toutes les constitutions du monde, la nôtre est là pour garantir la stabilité politique, économique et la paix sociale.


Vous avez officiellement démissionné de votre poste de Président de la République, en vertu de l’article 46 de la Constitution, et êtes candidat à votre réélection. Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?


Pour pouvoir bien apprécier le bilan, il faut d’abord savoir d’où on est parti. En janvier 2014, lorsque je suis arrivé au pouvoir, Madagascar était un pays sanctionné financièrement, économiquement et diplomatiquement, avec des taux de pauvreté et d’extrême pauvreté de 92 %. Les défis étaient énormes après 55 ans de pauvreté. Tout était urgence. Il a fallu donner la priorité aux secteurs sociaux, en même temps qu’aux secteurs économiques. Nous avons réduit la pauvreté et l’extrême pauvreté de 92 % à environ 70 % aujourd’hui.


Dans les secteurs sociaux, j’ai travaillé sur la santé, en mettant l’accent sur la santé de proximité. Les centres de santé de base, dans les régions, dans les districts et même dans les communes, ont été privilégiés. J’ai mis en place presque une trentaine de blocs opératoires. Ce sont de vraies structures médicales permanentes. Les bienfaits sont énormes pour la population. De nombreuses vies ont pu être sauvées, notamment celles de femmes qui accouchaient avec des difficultés et qui auparavant étaient obligées de faire des centaines de kilomètres pour accéder à des services de santé.


J’ai ouvert environ 250 centres de santé en trois à quatre ans, proches de la population, qui avaient été fermés pendant la période de transition. Des médecins, des personnels paramédicaux ont été recrutés. Nous avons apporté l’eau et l’électricité là où il n’y en avait pas, dans le cadre de ces centres médicaux.


Je crois vraiment en la renaissance du pays par la voie de l’éducation. Après plus de 50 ans de pauvreté, on assiste à une pauvreté économique, mais aussi de culture, d’état d’esprit, à une perte de repères des personnes, et il faudrait du temps pour corriger cela. C’est pourquoi la corruption était importante dans le pays.


C’est pour cela que j’ai mis l’accent sur l’éducation de base, pour laquelle j’ai recruté environ 45 000 enseignants. Auparavant, les parents d’élèves la payaient. Aujourd’hui, afin d’assurer une meilleure qualité de recrutement et de décharger les familles de cet effort financier, nous avons recruté les personnels éducatifs comme fonctionnaires. Imaginez, un recrutement de 10 000 personnels éducatifs par an : c’est du jamais-vu dans ce pays ! C’est l’équivalent des emplois perdus dans les zones franches pendant la crise.


Mais il faut des années, voire des générations pour modifier les mentalités et les cultures. On parle de Fisandratana. Le Fisandratana malgache englobe l’émergence au niveau économique et la renaissance au niveau culturel, et en termes de comportements, d’attitudes.


Peut-on aujourd’hui parler à Madagascar d’autosuffisance alimentaire ?


C’est l’objectif. Malheureusement, pour cette année, en dépit de la très bonne récolte, je ne pense pas que l’on puisse atteindre l’autosuffisance. Les aléas climatiques tels que les inondations et la sécheresse sont imprévisibles.


Mais le développement du secteur agricole permet également de lutter contre la pauvreté ; 80 % de la population travaille dans ce secteur : si on arrivait à améliorer les conditions de vie de ces populations, in fine, nous pourrions améliorer les conditions économiques de l’ensemble des habitants de la Grande Île.


Nous avons beaucoup travaillé sur l’agriculture et l’élevage. Ce secteur était très arriéré, paysan. La productivité y était très faible. Il a fallu appuyer les producteurs en termes de semences adaptées, de techniques, de fertilisants, de petit matériel. L’État a aussi réalisé une réforme du foncier. Les efforts engagés ont été conséquents pour attribuer des titres fonciers aux propriétaires. Les terrains sont un capital et certaines personnes ne pouvaient même pas ouvrir de compte en banque parce qu’elles ne possédaient pas de documents justifiant de leur propriété.


L’agriculture connaît d’importantes mutations avec le lancement d’une agriculture extensive. Des créneaux existent pour l’agriculture d’exportation. Pour preuve, des sociétés exportent aujourd’hui des haricots, des haricots verts ou des cornichons. La reprise de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act, ndlr)avec les Américains nous a permis de relancer les exportations de produits, notamment à destination des États-Unis.


Comment se porte l’économie malgache ?


L’économie se porte mieux par rapport au passé. Je comprends l’impatience de la population qui estime que cette embellie de l’économie ne se reflète pas encore dans le panier de la ménagère, mais il faut de la patience.


Le taux de croissance prévu cette année est de 5 %. Mes objectifs sont beaucoup plus ambitieux : je souhaite atteindre un taux de croissance de l’économie à deux chiffres, pour permettre en 2030 un doublement du PIB par habitant. Ce sont des défis majeurs que nous sommes en train de mener, mais c’est dans le domaine du réalisable. Nous poursuivons nos efforts dans toutes les régions de Madagascar et ça ne s’arrêtera pas.


La croissance avérée atteste d’une stabilité de l’économie. La confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs est très importante. Nous ne pourrons développer ce pays sans qu’il y ait des investissements et des flux financiers. C’est une garantie importante, et les partenariats public-privé mis en place, tels les grands barrages hydroélectriques, la construction du nouveau terminal aéroportuaire, les projets solaires, la construction de ports et bien d’autres projets du secteur privé, attestent d’une confiance retrouvée dans le pays et qui sera le gage d’un développement plus important encore.


L’énergie est primordiale pour le développement du pays. Quelles ont été les avancées dans ce secteur au cours de votre mandat ?


Les avancées sont conséquentes. La transition énergétique a pour moi commencé dès le premier jour où je suis arrivé au pouvoir. On est conscients que l’électricité fait défaut. Seulement 15 % de la population malgache bénéficie de l’électricité. En ville, c’est beaucoup plus, à la campagne, c’est beaucoup moins, alors que c’est un secteur fortement subventionné par l’État. En 2017, cette subvention a atteint 150 millions de dollars. Une forte proportion de l’électricité reste produite par du thermique, alors que nous avons du vent, des cours d’eau, du soleil.


En 2014, j’ai lancé de grands projets de barrages hydroélectriques. Quatre ou cinq projets sont aujourd’hui bien avancés au niveau de leur structuration technique et financière. Ils vont permettre de réduire énormément le coût de production d’énergie dans le pays. Nous avons déjà lancé des projets de production d’énergie solaire. Le pays est très grand et les villages sont très éparpillés. Le solaire apparaît comme une solution appropriée.


Il y a un mois, nous avons lancé la plus grande ferme solaire du pays, produisant 20 MW. C’est le fruit d’un partenariat public-privé. À terme, cela va entraîner un retour de la Jarama (société nationale d’eau et d’électricité, ndlr)à des conditions bénéficiaires, et va améliorer les conditions de développement de l’électricité à Madagascar.


D’autre part, les mines sont également en développement. Le grand projet d’exploitation de nickel et de cobalt, à Ambatovy, est le plus important investissement de Madagascar, avec 7 milliards de dollars d’investissements privés. C’est l’un des plus grands, sinon le plus grand projet en Afrique dans le domaine minier. Cela apporte une contribution substantielle au niveau des rentrées de devises en matière d’exportations. Il y a aussi les retombées en termes sociaux, et qui bénéficient aux communes. Et puis, il ne faut pas oublier le plus grand investissement public depuis l’indépendance, à savoir l’extension du port de Toamasina, situé à l’est du pays. Cet investissement de 650 millions de dollars va engendrer à la fois une émulation économique et une contribution au développement. Tous ces exemples vous montrent que nous sommes sur la voie de l’émergence.


On vous a accusé de vendre le pays aux compagnies et groupes internationaux. Que répondez-vous à vos détracteurs ?


Je suis très clair sur ce point. L’État n’a jamais vendu de terrains à des étrangers, quels qu’ils soient. Je pense que c’est une mauvaise interprétation de la réalité. Lorsque vous accordez une concession minière à une entreprise, elle obtient le droit d’exploiter les mines dans le sous-sol. Tout le monde s’imagine que l’on a vendu le terrain situé au-dessus, ce qui est faux. La propriété du terrain reste au propriétaire malgache. Nous n’avons jamais, je le répète, vendu de terrains aux étrangers.


Quelles relations entretenez-vous avec les bailleurs de fonds ? Et quels sont les bénéfices pour Madagascar de ces appuis financiers majeurs ?


Le FMI est la porte d’entrée des autres bailleurs, et une garantie pour les investisseurs. Cela atteste de grands équilibres macroéconomiques. Le résultat, ce sont ces concours financiers qui sont apportés par tous les bailleurs, comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’UE, la Banque européenne d’investissement et bien d’autres encore... Cette liste n’est pas exhaustive. Il y a aussi des investisseurs de tous horizons, qu’ils soient asiatiques, indiens ou européens.


Pour moi, les bonnes relations que l’on a avec les bailleurs nous ouvrent toutes les opportunités de bailleurs multilatéraux, les investisseurs privés accompagnés par les bailleurs de fonds institutionnels.


Il faut pousser et conscientiser le secteur privé à œuvrer davantage dans le sens du développement. C’est lui qui crée des emplois, qui crée la valeur, et permet de réduire le chômage, même si nous avons dans le secteur public créé beaucoup d’emplois. Dans la capitale, dans le secteur des nouvelles technologies, de nombreux emplois pour les jeunes se créent. Je voudrais insister sur le fait que les call centers, le textile créent des emplois.


Quel rôle doit selon vous jouer le tourisme dans le développement du pays ?


Je crois vraiment à l’essor du tourisme parce que Madagascar représente 5 % de la biodiversité mondiale ; 85 % de nos espèces végétales et animales sont endémiques. Ce sont, entre guillemets, de magnifiques produits d’appel en matière touristique.


Nous mettons tout en œuvre pour que le tourisme décolle. Des projets d’amélioration et de construction d’aéroports ont été engagés, à Ivato et dans la capitale. Un nouveau terminal sera prêt dans un an et demi environ. En province, on a également commencé à construire et réhabiliter les aéroports. On voit le résultat aujourd’hui, car l’hôtellerie se développe.


Par ailleurs, l’ouverture progressive du ciel est majeure pour le tourisme. Je pense qu’il faut souligner l’entrée ces derniers mois d’Air Austral dans le capital d’Air Madagascar, ce qui va favoriser le développement des trafics aériens local et international.


Mais aussi, en améliorant la sécurité et en préservant l’environnement, on peut développer le tourisme. On voit déjà la tendance à la croissance du secteur, qui va être supérieure à celle du tourisme mondial.


La sécurité est un défi. Comment rassurer les touristes et la communauté d’affaires – notamment les Indiens, victimes de kidnappings ?


Je peux juste vous dire que l’État sensibilise à cela et fait le maximum de ce qu’il peut faire. La sécurité est le travail de tout un chacun. L’État n’a pas tous les moyens qu’il faut pour combattre l’insécurité. Le problème n’est pas nouveau. Je suis de tout cœur avec ceux qui souffrent.


Vous avez évoqué votre bilan. Que comptez-vous faire pour que le peuple malgache maintienne sa confiance en vous lors de cette prochaine élection présidentielle ?


En premier lieu, il faut faire preuve de pédagogie. Il était de mon devoir, en tant que Président de la République, de mettre en place une vision à long terme. C’est ce qui manquait. C’est pourquoi je me suis permis de donner l’échéance de 2030. Il faut voir loin et accompagner cette vision avec toute une stratégie en termes d’activités, de moteurs de croissance, en définissant des pôles de croissance géographiques et en se fixant des objectifs quantitatifs. Je dis par exemple qu’il faut augmenter de deux fois et demie le PIB par tête de 2014, il faut créer 32 millions d’emplois sur les douze années à venir, il faut construire tant de kilomètres de routes, il faut refaire les aéroports, etc. Cette vision n’est pas un rêve. Ce sont des plans à court, moyen et long termes, avec des objectifs et des critères quantitatifs.


On ne reconstruit pas le pays en un jour ou en un an. C’est par le travail qu’on va convaincre les gens qu’on avance. Ce travail, c’est celui des projets structurants. Les études techniques prennent du temps et il faut convaincre les bailleurs de fonds ou les investisseurs de venir. Il faut convaincre les gens qu’il faut du temps pour réhabiliter ce pays. Mais il faut le faire en ne négligeant pas les urgences. C’est toute la difficulté.
J’œuvre pour que les Malgaches maintiennent leur confiance en moi, mais c’est un travail de tous les jours.


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